L’Europe ne serait pas moins belle sans ses mutilations cicatrisées

Quand on est amoureux de l’Europe, on peut facilement se dire qu’avoir perdu les deux bras confère à la Vénus de Milo un charme supérieur. Que le Colisée est plus beau en ruines.

On se persuade de la même façon que l’Europe a gagné un petit quelque-chose en se soumettant à la religion qui lui fit perdre 1000 ans. Que le retard et l’obscurantisme font le charme de l’Europe.

Ce n’est pas complètement faux, puisqu’à travers ces coups durs on peut admirer la résilience et la force de renaissance européenne.

Mais ça ne transforme pas pour autant les fléaux en merveilles.

Perdre ses bras ne rend pas plus belle. Prendre 1000 ans de retard ne grandit pas une civilisation.

On aime ce qu’on connaît parce qu’on ne veut pas imaginer un destin différent de l’histoire que l’Europe a connue. On peine déjà à se figurer le passé tel qu’il l’a été, c’est presque impossible d’imaginer ce qu’il aurait pu être.

Comme le propriétaire d’un pénis amputé de son prépuce, l’Européen se persuade qu’il n’y a pas que des inconvénients à avoir été mutilé.

On peut se réfugier dans ce déni tant qu’on n’impose pas de mutilations à nos descendants, tant qu’on ne les oriente pas vers le précipice de l’irrationnel, de l’humanisme crucifère et de la mortification béate.